C’est en Afrique subsaharienne que le taux de migration de la main-d’oeuvre à l’intérieur de régions en développement est le plus élevé ; mais il a baissé depuis les années 60. Plus de 60 % des émigrants des pays subsahariens se déplacent vers d’autres pays de la région. Le taux plus élevé des mouvements de main-d’oeuvre à l’intérieur de la région par rapport à d’autres régions en développement du monde est dû en partie au grand nombre de frontières terrestres, mais aussi à la relative perméabilité de ces frontières et à la difficulté de contrôler les mouvements de personnes qui les traversent, malgré les nombreuses restrictions légales en vigueur. Les migrants représentaient un peu plus de 3,5 % de la population de l’Afrique subsaharienne en 1960, mais seulement 2,3 pour cent de cette même population en 2000. En 1960, le volume global de migrants par rapport à la population était beaucoup plus élevé en Afrique australe que dans d’autres endroits de la région, mais il a baissé depuis et il est à peu près au niveau de migrants en Afrique de l’Ouest (voir le tableau ci-dessous). En Afrique de l’Est et en Afrique centrale, le volume de migrants a nettement diminué. La migration volontaire transfrontalière en Afrique subsaharienne trouve sa motivation dans les mêmes raisons que celles qui poussent des personnes à se déplacer à l’intérieur d’un pays : rechercher des occasions de travailler et répartir les risques de pertes de revenus. En effet, il n’est pratiquement pas possible d’établir une distinction entre le raisonnement à caractère économique qui détermine le mouvement d’une zone à la traîne vers une zone avancée du même pays et celui d’un mouvement à travers une frontière dans une région comme celle de l’Afrique subsaharienne, dans laquelle de tels mouvements s’effectuent sur des distances relativement courtes et sont pour la plupart non contrôlées. Mais beaucoup de migrants se déplacent aussi à travers des frontières dans le cadre d’accords formels entre des pays. Depuis les années 60, un tissu d’accords bilatéraux et multilatéraux s’est développé pour tenter de récolter les bénéfices et maîtriser les coûts de mobilité de la maind’oeuvre à l’intérieur de sous-régions. En Afrique de l’Ouest, les gouvernements ont tenté de gérer les mouvements des populations à l’intérieur de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), dont l’influence sur les flux migratoires et leur composition en Afrique subsaharienne avait été la plus grande. Le texte portant création de la CEDEAO en 1975 comprend un protocole dont les dispositions autorisent la libre circulation des personnes ainsi que le droit de résidence et d’établissement pour les ressortissants de ses pays-membres. La Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), une alliance de neuf pays de l’Afrique australe créée en 1980, avait pour but de coordonner les projets de développement des pays-membres afin de réduire leur dépendance économique envers l’Afrique du Sud à l’époque de l’apartheid. Une partie de cette alliance comportait des dispositions afférentes aux mouvements de travailleurs entre les pays-membres. Les récentes violences à caractère anti-immigrant en Afrique du Sud constituent un revers pour l’intégration et la migration régionale. Le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda ont formé la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC), une organisation intergouvernementale régionale de coopération inter-territoriale dont les origines remontent à 1948, avant leur indépendance. L’EAC, qui s’est renforcée depuis 1999 en tant que cadre d’intégration économique, a récemment introduit des passeports est-africains et des permis temporaires pour accélérer les mouvements de main-d’oeuvre. Ces mouvements à travers les frontières de pays de l’Afrique subsaharienne pourraient être encouragés. Pendant les périodes de contraction économique, les décideurs de ces régions ressentent les mêmes pressions politiques à caractère xénophobe que les gouvernements des pays riches ; ces pressions visent à favoriser les travailleurs nationaux et à limiter l’accès des nonnationaux aux postes de la fonction publique. Moins du tiers des gouvernements de l’Afrique subsaharienne a ratifié la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille. Pour vraiment tirer avantage de la mobilité de la main-d’oeuvre en faveur d’une croissance économique avec des convergences à travers les différentes régions de l’Afrique subsaharienne, beaucoup plus peut être fait pour l’accueil des migrants et la création de circuits permettant de remettre des fonds aux pays d’origine. Source: Lucas, 2006. |
|