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Pays en développement : une stratégie pour une meilleure stabilité macroéconomique

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Le 4 mars 2008— Alors que les marchés financiers traversent une période de turbulence, les pays en développement, souvent vulnérables aux bouleversements externes contre
lesquels ils ne peuvent rien, se préoccupent des risques possibles pour leur propre stabilité macroéconomique.

Même si bon nombre de pays en développement se montrent de plus en plus résistants aux perturbations des marchés financiers dans les pays riches, la poursuite des turbulences jumelée à son effet modérateur sur la croissance mondiale représente une menace importante pour les économies en développement.

Bon nombre de pays ont accumulé d’importantes réserves étrangères pour se protéger contre les fluctuations des taux d’intérêt et des taux de change et contre les problèmes de financement à court terme, mais les réserves ne constituent qu’une solution temporaire.

D’après les chercheurs de la Banque mondiale, ce qu’il y a de mieux à faire pour les pays en développement est d’élaborer des stratégies exhaustives pour lutter contre la volatilité macroéconomique sur plusieurs fronts, notamment en améliorant leur capacité à absorber les bouleversements externes.

Luis Servén, directeur de recherche du Groupe de recherche sur le développement de la Banque mondiale explique : « Il faut agir parce que la volatilité économique est une question fondamentale en matière de développement. Cette volatilité a un coût économique bien plus élevé pour les pays pauvres que pour les pays riches. »

En Amérique latine, par exemple, la perte économique directe liée à une instabilité de la consommation atteint jusqu’à 10 % de la consommation annuelle dans certains pays, contre moins de 1 % dans les pays industrialisés.

La volatilité macroéconomique réduit la croissance de la production économique et affecte la consommation future, note M. Servén. Ces conséquences sont surtout visibles dans les pays pauvres qui sont faibles sur le plan financier et institutionnel et qui sont incapables d’ajuster leurs politiques fiscales pour répondre à ces turbulences.

L’œuf ou la poule?

The evolution of growth volatility medians by income group
Cliquez sur le graphique pour l'agrandir(a)

La volatilité macroéconomique est clairement liée au manque de développement. Non seulement cette volatilité a davantage de conséquences sur le bien-être des habitants dans les pays en développement, elle y est également plus fréquente que dans les pays riches.

 
De petits pays comme la République dominicaine ou le Togo sont confrontés à la volatilité, mais aussi de grands pays comme la Chine et l’Indonésie. Certaines économies volatiles, comme celles de l’Équateur et du Nigeria par exemple, sont principalement basées sur l’exportation de matières premières, mais d’autres comme celle du Pérou s’industrialisent rapidement.

« C’est la sempiternelle question de l’œuf et de la poule », résume Norman Loayza, économiste principal du Groupe de recherche sur le développement de la Banque mondiale. « La volatilité découle-t-elle d’un manque de développement ou est-ce que c’est le sous-développement qui se traduit par des fluctuations macroéconomiques ? »

Après avoir analysé ce qui fait courir davantage de risques aux pays pauvres, M. Servén, M. Loayza, M. Rancière et M. Ventura ont conclu qu’une volatilité macroéconomique élevée dans le monde en développement est attribuable à trois facteurs :

• d’importants bouleversements externes, provenant notamment des marchés financiers et des marchés de marchandises ;
• des bouleversements domestiques plus fréquents, y compris des erreurs de politiques auto-infligées ;
• des « amortisseurs de bouleversements » plus faibles pour atténuer les effets des perturbations.

Une stratégie pour la stabilité

Selon les chercheurs, pour faire face à ces sources de volatilité macroéconomique, les pays en développement doivent adopter une stratégie en trois volets pour améliorer leur stabilité économique.

Mettre de l’ordre chez soi

Un processus instable de développement jumelé à des erreurs de politique auto-infligées semblent donner lieu à des bouleversements domestiques plus fréquents dans les pays en développement. En fait, ce sont souvent les politiques fiscales erratiques des gouvernements qui entrainent une volatilité macroéconomique. Dans certains cas, les gouvernements accentuent par inadvertance la volatilité au moyen d’une politique monétaire inflationniste.

« Dans de récentes recherches, nous avons découvert que les conflits sociaux, l’instabilité politique et la mauvaise gestion économique étaient les causes les plus probables des fluctuations du PIB par habitant dans bon nombre de pays pauvres », affirme Claudio Raddatz, économiste à la Banque mondiale.

Dans ces pays, les bouleversements externes tels que ceux liés à l’aide étrangère, au commerce ou même aux conditions climatiques ne représentent qu’une petite part néanmoins significative de la volatilité macroéconomique.

 
Des politiques doivent être élaborées pour contrôler le niveau et la variabilité des dépenses publiques de manière à maintenir des politiques monétaires et financières stables et à éviter une rigidité des prix, comme c’est le cas des taux de change arrimés qui doivent souvent être ajustés de façon radicale.

Devenir plus résistants en étant flexibles

Des « amortisseurs de bouleversements » plus faibles dans les pays en développement permettent aux fluctuations externes d’engendrer une plus grande volatilité économique. Les amortisseurs traditionnels de bouleversements tels que les politiques de stabilisation et les marchés financiers diversifiés sont souvent absents dans ces pays.

La politique fiscale est souvent « procyclique » dans les pays pauvres, se relâchant pendant les booms et se resserrant pendant les récessions. Cependant, pour absorber les bouleversements externes, cette politique fiscale doit être plus contracyclique. Tout dépend de la capacité des gouvernements à réduire leur dette publique à des niveaux acceptables, à accroître leur épargne pendant les périodes de croissance et à être perçus comme dépensant de manière responsable.

Les marchés financiers des pays en développement peuvent se diversifier pour enrayer les risques que posent les bouleversements externes. Cependant, ces marchés ont souvent peu de profondeur et ils se tarissent en temps de crise lorsque ces pays en auraient le plus besoin. Les gouvernements peuvent aider à élargir ces marchés en protégeant les droits des créanciers et des actionnaires.

« Tout récemment, nous avons remarqué que les politiques microéconomiques jouent également un rôle dans ce phénomène », explique M. Loayza. « Lorsqu’il est difficile pour les sociétés de réallouer des ressources, surtout en raison de restrictions relatives aux marchés financiers et à la main-d’œuvre, les pays deviennent plus vulnérables aux bouleversements économiques. »

Les sociétés devraient être capables de s’ajuster aux bouleversements en réallouant leurs ressources entre les installations, les régions et les secteurs. Même si la concurrence et le commerce fournissent les mécanismes de base pour que cela se produise, les gouvernements peuvent y contribuer en réduisant la lourdeur de leurs règlements.

S’équiper pour la tempête

Les bouleversements les plus importants ressentis par les pays en développement pourraient provenir des marchés financiers (par exemple, un arrêt soudain d’afflux de capitaux) ou des marchés des marchandises. En règle générale, les gouvernements disposent de trois options : l’autoprotection, l’auto-assurance et la couverture intégrale et l’assurance.

• L’autoprotection (c’est-à-dire une faible ouverture commerciale et des marchés financiers très surveillés) peut réduire la vulnérabilité aux risques externes. Cependant, elle empêche les pays de tirer parti de l’intégration mondiale et elle accroît la probabilité de distorsions qui peuvent donner lieu à d’importants bouleversements domestiques. D’autres politiques domestiques peuvent s’avérer plus appropriées pour réduire la vulnérabilité aux bouleversements à l’étranger. En 2007, M. Loayza et M. Raddatz ont constaté que la flexibilité du marché du travail peut réduire les pertes de productivité dus aux bouleversements des termes de l’échange des marchandises.

L’auto-assurance implique que les pays détiennent des ressources dans le temps, notamment en accumulant des réserves étrangères lors de périodes de prospérité ou de robuste croissance. Cette option est populaire : le ratio de réserves étrangères par rapport aux importations a plus que doublé dans les économies émergentes au cours des 15 dernières années. Toutefois, faire des réserves de liquidité de cette manière signifie sacrifier les possibilités de placement, et cette méthode s’avère moins efficace que la couverture d’imprévus au moyen d’instruments financiers dérivés.

La couverture intégrale et l’assurance fait référence aux transfert de ressources en obtenant des lignes de crédit pour fins d’imprévus et en négociant des options liées aux produits de base. Des options sophistiquées de couverture ne sont pas encore disponibles dans les pays en développement, mais les marchés financiers y offrent tout de même des possibilités de couverture qui sont préférables à l’auto-assurance.

Selon M. Servén, « une stratégie optimale pour se préparer à affronter une tempête consiste à favoriser les options d’assurance. Le plus encourageant, c’est que les instruments de couverture et d’assurance qui étaient autrefois inaccessibles pour les pays en développement, deviennent disponibles. C’est un signe très prometteur »

Plus de recherche de la Banque mondiale sur la macroéconomie et la croissance (a)

Lectures connexes

Loayza, Norman et Claudio E. Raddatz, 2007. The Structural Determinants of External Vulnerability, World Bank Economic Review, Vol. 21, No. 3.

Loayza, Norman, Romain Rancière, Luis Servén et Jaume Ventura, 2007. Macroeconomic Volatility and Welfare in Developing Countries, World Bank Economic Review, Vol. 21, No. 3. 

Raddatz, Claudio E., Are External Shocks Responsible for the Instability of Output in Low-Income Countries?, (à paraître), Journal of Development Economics.




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