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Les villes vont-elles résister à la crise financière ?

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  • Ce sont les métropoles ainsi que les grandes et petites villes des pays en développement qui vont inévitablement le plus pâtir de la crise
  • Les centres urbains sont importants pour la prospérité des pays, dans les bonnes comme dans les mauvaises périodes
  • Au lieu de s’inquiéter de la taille des agglomérations, les responsables politiques devraient veiller à ce que celles-ci fonctionnent bien

3 février 2009—Prenons trois grandes villes de pays en développement qui vont bientôt être durement frappées par la récession économique mondiale. Singapour pourrait être la première économie asiatique à entrer en récession. Shenzhen, dans le sud de la Chine, se prépare à affronter des pertes d’emplois massives, en particulier dans la fabrication en sous-traitance. À Sriperumbudur, au sud de l’Inde, la baisse de la demande pourrait contraindre des entreprises comme Hyundai à reporter leur projet d’agrandissement d’usines, ou à en réduire la portée. 

Durant les vingt dernières années, Singapour, Shenzhen et Sriperumbudur ont servi de connexion avec les marchés régionaux et internationaux, ce qui leur a été extrêmement profitable au niveau économique. Aujourd’hui que les marchés mondiaux sont touchés par la crise, ce sont les métropoles, ainsi que les grandes et petites villes des pays en développement qui vont inévitablement le plus en pâtir.  

« Les crises affectent durement les villes intégrées, mais en fin de compte, nous savons que des villes comme Singapour, Shenzhen et Sriperumbudur s’en sortiront », affirme Indermit Gill, directeur du Rapport sur le développement dans le monde (RDM) 2009 et économiste en chef à la Banque mondiale pour la Région Europe et Asie centrale. « Car les centres urbains sont importants pour la prospérité des pays, dans les bonnes comme dans les mauvaises périodes ».  

Le RDM de cette année, intitulé « Repenser la géographie économique » , souligne que les centres urbains attirent de la main-d’œuvre, des capitaux et des idées. Le rapport montre comment les fortes densités humaines aident les pays à exploiter les économies d’échelle et favorisent la spécialisation et le commerce. 

En examinant les aspects historiques, géographiques et économiques, le rapport apporte un nouvel éclairage sur des questions telles que : La rapidité de l’urbanisation actuelle est-elle sans précédent ? Les bidonvilles que nous voyons dans les pays en développement sont-ils le résultat de mauvaises politiques urbaines ? Serait-il préférable de limiter la taille des villes dans les pays en développement ? La réponse à ces trois questions est la même : non.

Les villes profitent des avantages exceptionnels de la densité économique

Settlements of varying size facilitate differentscale economies

Certains avantages, tels ceux qui découlent de la spécialisation et des différentes économies d’échelle, ne sont rendus possibles que par la densité économique.

Les économies d’échelle se voient facilitées dans des villes de tailles diverses. Singapour est un centre d’innovation et de formation au plan financier et technologique. Shenzhen bénéficie de marchés fournis en termes de main-d’œuvre et de matières premières.

La diversité de taille des villes facilite les économies d’échelle [Cliquez pour agrandir la carte]

Sriperumbudur est une ville assez grande pour faciliter des économies d’échelle internes, grâce à de grandes usines qui nécessitent des infrastructures ainsi que des services éducatifs et de santé.

Au lieu de s’inquiéter de la taille des agglomérations, les responsables politiques devraient veiller à ce que celles-ci fonctionnent bien. Jane Jacobs, urbaniste renommée, a écrit que « l’économie d’une métropole, si elle fonctionne bien, transforme constamment de nombreux pauvres en membres de la classe moyenne […] Les villes n’attirent pas la classe moyenne, elles la créent. »

L’urbanisation devrait être facilitée et non empêchée.

Mais qu’en est-il des bidonvilles ?

Il est possible que ceux qui ont vu le film « Slumdog Millionaire » jugent irresponsable le fait de se réjouir de l’afflux de personnes dans des villes déjà extrêmement peuplées. Pourtant l’Histoire montre que, dans certaines conditions, la transformation urbaine peut être une réussite. 

Première condition : des services de base (école, système sanitaire et sécurité) accessibles à tous, aussi bien dans les villages que dans les petites et les grandes villes, de sorte que les migrants viennent chercher dans les grandes villes des opportunités économiques et non des services sociaux.

Il faut également des infrastructures qui créent des liens et complètent cette base institutionnelle. Les villes européennes ont bien réussi à cet égard, tout comme New York.

Finalement, c’est seulement après avoir mis en place des institutions et des infrastructures adéquates et efficaces qu’on a vu aboutir les interventions de l’État pour supprimer les bidonvilles.

Selon le RDM, les villes qui réussissent sont celles qui suivent trois règles fondamentales :

  • Bien travailler avec les gouvernements centraux et locaux. Les institutions universelles, tels les droits de propriété et l’éducation de base, relèvent des gouvernements centraux, tandis que les routes et les chemins de fer sont souvent de la compétence des gouvernements locaux.
  • Travailler en prenant en compte les limites des capacités gouvernementales. Les besoins en matière politique sont plus simples au début de l’urbanisation ; ils se compliquent à mesure que celle-ci s’accélère pour atteindre une complexité maximale dans les pays où l’urbanisation a atteint un stade avancé. Ne pas orienter les politiques en faveur des zones urbaines au détriment des ressources des communautés rurales. Et ne pas essayer de faire au début de l’urbanisation ce qui n’est nécessaire qu’aux stades avancés.
  • Ne pas avoir d’attentes démesurées. Ne pas s’attendre à un processus sans heurts, linéaire et indolore. L’urbanisation est toujours difficile ; elle l’a toujours été. Mais elle peut être facilitée par des institutions unificatrices, des infrastructures créatrices de liens et des interventions ciblées.

« Ce qui compte, c’est de faire les choses au bon moment », conclut M. Gill. 




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